Protection contre la rétinopathie par le fénofibrate en cas de diabète

Des études avaient déjà mis en évidence des effets positifs de la prise de fénofibrate sur la progression d’une rétinopathie diabétique,1,2 mais les résultats n’étaient pas suffisamment univoques pour permettre de formuler des recommandations claires. Or, une étude de cohorte de grande ampleur apporte des preuves solides que le fénofibrate peut prévenir de manière significative la progression d’une rétinopathie diabétique non proliférative (RDNP) vers des stades menaçant le pronostic visuel ou vers une rétinopathie diabétique proliférative (RDP).3

L’analyse de la base de données américaine US a inclus plus de 150 000 patients ayant reçu un diagnostic de RDNP. Près de 6 000 d’entre eux ont pris du fénofibrate et 144 417 patients n’ont pas suivi un tel traitement.

Dans le groupe fénofibrate, le risque de progression vers un stade menaçant le pronostic visuel et de développement d’une rétinopathie diabétique proliférative a été significativement réduit par rapport au groupe témoin sans fénofibrate :

  • réduction de 8 % de la progression vers un stade menaçant le pronostic visuel (hazard ratio [HR]: 0,92; intervalle de confiance [IC] à 95 %: 0,87 – 0,98; p = 0,01);
  • diminution de 24 % du risque de développement d’une RDP (HR : 0,76, IC à 95 %: 0,64 – 0,90; p = 0,001).

En revanche, contrairement à ce qui a été observé dans les études ACCORD1 et FIELD,2 aucune réduction significative du risque de développement d’un œdème maculaire diabétique n’a été constaté. Le critère d’évaluation « Vision Threatening Diabetic Retinopathy » pouvait aussi, en tant que critère d’évaluation composite, inclure une perte de l’acuité visuelle en raison d’un œdème maculaire diabétique. Cependant, selon les auteurs, le bénéfice découlait surtout d’une réduction de la RDP.

Les chiffres absolus montrent l’importance de cet effet sur la progression : près de 1 patient sur 5 a atteint un état menaçant le pronostic visuel (n = 27 325, 18,2 %). Près de 3 % des patients ont développé une rétinopathie proliférative (n = 4 086) et 15,1 % (n = 22 750) un œdème maculaire diabétique.

Le fénofibrate est un hypolipidémiant utilisé depuis 50 ans déjà. La substance active réduit la concentration en triglycérides d’environ 45 %, fait baisser la concentration en cholestérol LDL-VLDL et augmente la concentration en cholestérol HDL d’environ 10 à 30 %. En outre, le fénofibrate entraîne une baisse des taux accrus de fibrinogène, limite l’agrégation plaquettaire (attention à l’association avec des inhibiteurs de l’agrégation plaquettaire) et a un effet uricosurique.

L’association de fénofibrate et d’une statine a été évaluée dans l’étude ACCORD et a permis d’obtenir, chez les personnes présentant des taux particulièrement élevés de triglycérides et des taux particulièrement bas de cholestérol HDL, une réduction efficace du critère d’évaluation combiné (événements cardiovasculaires et mortalité), en particulier chez les hommes. Il convient de tenir compte des interactions: entre autres, l’effet des antidiabétiques peut être augmenté, tout comme la toxicité musculaire des statines en cas d’association d’un fibrate et d’une statine.

  1. ACCORD Effects of Medical Therapies on Retinopathy Progression in Type 2 Diabetes | NEJM
  2. FIELD Effect of fenofibrate on the need for laser treatment for diabetic retinopathy (FIELD study): a randomised controlled trial - The Lancet
  3. Meer E, Bavinger JC, Yu Y, VanderBeek BL. Association of Fenofibrate Use and the Risk of Progression to Vision-Threatening Diabetic Retinopathy. JAMA Ophthalmol 2022. https://doi.org/10.1001/jamaophthalmol.2022.0633. PMID 35389455
  4. www.swissmedicinfo.ch